"Christ est ressuscité!"
C'est ce cri du Matin de Pâques qui nous met en chemin. C'est bien parce qu'il
y a Pâques que nous faisons carême, pour être associés plus profondément encore
au Mystère pascal du Christ, à savoir sa victoire sur toutes les forces de mort
qui sont à l'œuvre en nous, entre nous et dans le monde.
Laissons nos "mines de carême" et vivons ce temps du carême comme la
réponse généreuse au Seigneur qui nous appelle à prendre, avec Lui, la route
qui conduit à Jérusalem.
Nous ne pouvons faire pénitence, au sens chrétien du terme, que si nous nous
laissons habiter par cette certitude que nous sommes profondément aimés, que le
pardon nous est offert, que la puissance de la résurrection est déjà à l'œuvre
dans nos vies quelquefois tourmentées.
Il faut bien quarante jours - chiffre symbolique - pour ouvrir nos cœurs et
décrisper nos mains… afin d'accueillir la joie de Pâques !
QUARANTE JOURS POUR S'EXERCER Á RENDRE GRÂCES…
Nous sommes dans l'Année de l'Eucharistie : "Par l'Eucharistie, le Christ
rend présent au long du temps son mystère de mort et de résurrection. En elle,
il est reçu en personne comme "pain vivant descendu du ciel" (Jn 6,51)
et, avec Lui, nous est donné le gage de la vie éternelle…" (Jean-Paul II,
MND n°3).
L'Eucharistie est par excellence le sacrement de la route. Lorsque nous
célébrons l'Eucharistie, nous rendons grâces ("eucharistie" signifie
"action de grâces") pour le chemin parcouru et ce qui est déjà
réalisé, mais également et tout autant pour les biens à venir, sûrs que notre
Dieu tient sa Promesse.
Puissions-nous découvrir cette "dimension eucharistique qui est propre à
la vie chrétienne tout entière" (id.).
Ils ne manquent pas les sujets d'inquiétude. Elles peuvent être lourdes les
épreuves. Nous n'avons pas toujours le cœur à remercier. C'est même
quelquefois la révolte qui monte… L'Eucharistie nous assure de la présence du
Christ avec nous sur nos chemins sinueux et escarpés.
Jusque dans les passages difficiles et douloureux de notre vie, puissions-nous
"faire mémoire des dons de Dieu" pour avancer dans l'espérance !
Espérer c'est, au-delà des apparences et des échecs, croire en la Présence du
Christ parmi nous, en son amour agissant au cœur de notre humanité.
QUARANTE JOURS POUR CHOISIR LA VIE
Nous ne manquons pas de souci et les défis à relever sont nombreux. Le réel de
notre vivre ensemble ne s'accorde pas toujours bien avec nos rêves. Cet écart
entre le rêve et la réalité est un terrain favorable où cultiver l'amertume,
distiller la morosité, se laisser aller aux critiques faciles qui enveniment
les relations. Il y a là un mal qui peut nous ronger de l'intérieur et
paralyser nos communautés. Nous avons tant besoin de nous réconcilier avec
nous-mêmes, avec notre histoire, entre nous, avec Dieu. Nous avons constamment
à choisir la vie.
Choisir, c'est aussi dire "non". Choisir la vie c'est dire non à tout
ce qui nous détruit, à tout ce qui fragilise la communion fraternelle. Choisir
la vie, c'est dire non à tout ce qui nourrit et entretient l'amertume, le
marasme, le soupçon... Si nous servons la mort, comment pouvons nous accueillir
la vie ?
Choisir la vie, c'est reconnaître ce qu'il y a de beau et de bon, accueillir ce
qui naît, prendre appui sur ce qui aujourd'hui est porteur d'avenir.
Dans sa Lettre Apostolique "Au début du nouveau millénaire",
Jean-Paul II présente comme "le grand défi" de ce début de siècle de
"faire de l'Eglise la maison et l'école de la communion". "Il
faut promouvoir, dit-il, une spiritualité de la communion" qu'il définit
comme "la capacité de voir surtout ce qu'il y a de positif dans l'autre,
pour l'accueillir et le valoriser comme un don de Dieu: un "don pour
moi", et pas seulement pour le frère qui l'a directement reçu" (n°43)
QUARANTE JOURS POUR SEMER L'ESPÉRANCE
L'Espérance chrétienne est autre chose que l'optimisme. Elle n'est pas née dans
la tête de l'homme, mais dans le cœur de Dieu lui-même. Enracinée dans la
victoire du Christ, elle refuse la fatalité du mal, donne un sens, une
orientation à notre histoire personnelle et collective. Elle croit en un avenir
toujours possible. Dans ce monde qui doute de son avenir, puisse notre
espérance être contagieuse.
Le geste de partage auquel nous sommes conviés au cours du carême -à l'appel du
CCFD en particulier- déploie sa richesse s'il devient don de l'espérance à
celles et ceux qui sont dans le besoin. Geste humanitaire sans doute, il puise
pour nous toute sa signification dans la célébration de l'Eucharistie qui
conduit "à un engagement effectif dans l'édification d'une société plus
juste et plus équitable" : "c'est à l'amour mutuel et, en particulier
à la solidarité que nous manifesterons à ceux qui sont dans le besoin que nous
serons reconnus comme de véritables disciples du Christ" (Jean-Paul II,
MND, n° 28).
C'est dans ce même élan que nous sommes conviés en ce moment privilégié du
carême, chacun selon son charisme, à manifester la compassion du Christ auprès
de ceux qui souffrent de la solitude, de la maladie, et de tant d'autres maux
du cœur et du corps…
Choisir la vie, semer l'espérance… pour recevoir la joie de Pâques !
Quel beau carême à vivre en frères !
Annecy, le mercredi 9 février 2005
+Yves BOIVINEAU, Évêque d'Annecy